CHOCOLAT LITTÉRAIRE DE L’AUTOMNE 2014

 

Même si ton enfance trébuche
Sache garder en poche une étoile de secours

Guénane

 

 

6 décembre 2014, 16h…

Malgré la pluie, les convives sont arrivés nombreux au JAM, mus par le désir du voyage géographique, temporel et sensoriel suggéré par BRAISILAMOR… le thème de notre Chocolat littéraire de l’Automne 2014. Titre ardent et enchanteur, créé pour cette rencontre par la poète et romancière Guénane Cade, qui nous a fait ce jour-là l’honneur de sa présence.

 

 

Affiche réalisée par Thierry Dardanello

 

 

Afin de mieux réussir notre dépaysement, que Jean Emelina, ami de Guénane, avait contribué à mettre en place, les murs et la scène du Jam furent joliment habillés par quelques tableaux de la plasticienne Mica Barbot, inspirés des trottoirs cariocas du Calçadão.

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques lignes pour tenter de garder une douce trace de ce moment intense et radieux… qui, par le truchement littéraire, fut avant tout une déclaration d’amour au Brésil ! Non pas tellement au Brésil d’aujourd’hui, mais plutôt au « pays en voie de développement » que l’auteur a pu découvrir dans les années 70-80… avant que le décollage économique ne mette fin, à ses yeux, aux derniers arpents du paradis…

 

 

 Guénane Cade

(Photo Liliana Lindenberg)

 

 

Guénane est née en Bretagne et a fait des études de Lettres à Rennes, où elle a vécu et enseigné. Dans les années 60, elle a fait partie d’une petite troupe de théâtre et s’est tournée vers la poésie. Sa rencontre avec René Char a été marquante. La jeune femme lui emprunte alors le titre « Résurgences » pour son premier recueil de poèmes, édité en 1969. Résurgences, resurgere, ressurgir (en français comme en portugais) : renaître. Sans le savoir encore à ce moment-là, ce mot deviendrait en quelque sorte le leitmotiv de sa démarche poétique ultérieure… tout autant que de sa vie. Ayant grandi au bord d’un fleuve marin, près de l’estuaire, Guénane a sans doute appris à déchiffrer la hauteur et la fréquence de ses propres marées (voir son recueil de poèmes L’Océan te l’apprendra, aux Éditions Rougerie) … et a fini par céder à l’appel du large… La poète est partie vivre en Amérique du Sud, où elle est restée pendant douze ans. C’était « ses années en dictature », qui vont nourrir les pages de ses derniers romans Dans la gorge du diable et Demain 17 heures Copacabana, parus aux éditions Apogée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’intrigue romanesque, prenante par ailleurs, ne cache donc pas l’engagement de l’auteur, qui est avant tout un engagement pour la liberté, dans tous les sens du terme. Une liberté qui est d’abord individuelle et qui s’inscrit dans l’acceptation du côté sauvage, « à tous courants exposés », qui, chez chaque individu, côtoie sans doute invariablement son côté civilisé. D’où certainement les quatorze livrets de Guénane sur les îles, images somme toute de nous-mêmes, jamais entièrement apprivoisé(e)s. Liberté individuelle, donc, mais aussi liberté collective, celle d’un groupe ou d’un pays.

 

En poésie comme en prose, Guénane est entière, lucide, audacieuse. Étrangère à la posture et à l’imposture qui semblent caractériser notre époque, elle nous transmet avant tout une respiration. Dans son roman Demain 17h Copacabana, on retrouve ainsi cette même « vision sensible et pénétrante », cette « grande expressivité poétique » dont parlait déjà le grand poète brésilien Carlos Drummond de Andrade à propos de son recueil de poèmes Nordeste. À côté d’un travail élaboré et jouissif autour de la langue, que de nouvelles sonorités revitalisent, la fougue, la générosité parcourent ce roman-portrait d’un Brésil immense et hétérogène, duquel les personnages les plus humbles et authentiques ne sont jamais exclus.

 

 

 

 

Guénane et Filomena

Photos L. L.

 

 

Nous avons oublié la pluie du dehors pendant que Guénane nous racontait ses souvenirs du pays du pau-brasil, ce pays de braise qui l’avait débordée à l’âge de 28 ans, le pays de sa renaissance (Breizh c’est bien par ailleurs la Bretagne en breton)… À la fois en retard et déjà en avance par rapport à la vieille Europe, le Brésil des années de dictature était aussi rempli de gens très fins, d’artistes bourrés de talent, maîtres forcés de la métaphore… Nous l’avons entendu s’insurger contre la disparition des peuplades, de la langue des natifs qu’elle garde encore dans son cœur, et qui succombent devant l’emballement économique mondial…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La lecture de quelques extraits de Demain 17 heures Copacabana faite par des membres de l’auditoire, le chocolat chaud servi entre-temps sur nos tables, le gâteau aimablement confectionné par Sofia, les échanges personnalisées avec notre romancière… tout a permis de terminer cette rencontre dans la conviction, rappelée par Guénane, que, quoi qu’il advienne, nous devons toujours garder un morceau de braise vive au fond de nous-mêmes…